Kestemantoine  
 
  Festival Esperanzah! 22/08/2017 05 05 15 (UTC)
   
 
Esperanzah ! Un autre festival est possible

Fête et musique, côté cour ? Sensibilisation et actes citoyens, côté jardin ? A Esperanzah !, pas si simple de dissocier les deux. Dans ce festival qui a fait vibrer l’abbaye de Floreffe du 5 au 7 août 2005, la musique et la fête étaient au cœur du rendez-vous, mais étaient aussi prétexte à une sensibilisation aux enjeux Nord-Sud.

« Je suis le capitalisme mondial, mais je suis un être humain. Des gens m’attaquent, me lancent des boulettes de maïs à la figure. Ils veulent faire vaciller l’agro-alimentaire, les banques, les industries financières, les industries pharmaceutiques. Protégez-moi. Si vous m’aidez, un autre monde, ça va pas être possible », clame ce personnage à la cantonade, invitant les passants à venir le défendre contre les attaques du monde altermondialiste, associatif et alternatif. « Juste. Fais-le » répond la vingtaine d’ONG qui forment un village dont l’idée est de sensibiliser les festivaliers aux grands enjeux de ce monde et les inviter à passer à l’acte. Et les raisons de bouger ne manquent pas, chacun peut facilement trouver son terrain d’action. L’eau est un droit pour tous. La femme est un être humain qui doit prétendre aux mêmes droits que les hommes. La dette du tiers-monde ? Il est grand temps de l’annuler pour assurer le développement. Faire un placement éthique ? On peut commencer avec 10 euros. Les Objectifs de développement du millénaire ? Il est temps de passer des paroles aux actes. Consommer ? Peut mieux faire. Consommer moins, mieux et autrement ? Ca passe par moi ! Sans oublier, bien sûr de clamer, à l’instar d’Oxfam-Solidarité : « Stop aux cadeaux empoisonnés ! Investissons socialement. »

Tandis qu’à Floreffe, les ONG et associations utilisent leur pouvoir d’influence pour convaincre, ailleurs, la lutte est active : des ouvriers squattent des usines inoccupées en Argentine pour les exploiter eux-mêmes, en cogestion ; des paysans luttent contre l’installation de barrages en Inde ; en France, les intermittents du spectacle revendiquent des droits qu’ils n’ont pas ; les travailleuses temporaires de Korean Telecommunication au Japon luttent contre la restructuration de leur entreprise ; au Sénégal, une petite fille handicapée décide de vendre Le Soleil, un défi lancé aux garçons pour qui la vente de journaux est un boulot réservé. Soit, quelques-unes des réalités que nous a fait découvrir le festival de cinéma mis sur pied par le CNCD et le CADTM sous le thème : « Précarité : Regards croisés Nord-Sud ».

Oxfam-Solidarité en campagne

Dans le village « Juste. Fais-le », le cheval de Troie de la campagne d’Oxfam-Solidarité s’est transformé en stand. Les passants sont invités à signer une pétition demandant plus de contrôle et de régulation des investissements étrangers dans les pays du Sud pour protéger les droits des travailleurs.

Des bénévoles se sont joints aux permanents de l’organisation. Parmi eux, Annick, 25 ans, qui a pu découvrir par elle-même la réalité des maquilas lors d’un travail bénévole dans une ONG au Honduras. Cas rare, celle-ci pouvait accéder aux usines afin de mener un programme de sensibilisation au sida à l’intérieur des maquilas. « Les usine se limitent à des entrepôts en tôles ondulées qui peuvent être déplacés en trois jours, explique Annick. Les femmes arrivent vers 5h du matin, sans contrat de travail, et font la file. Elles viennent de villages où elles ont laissé leurs enfants. Les portes s’ouvrent entre 5h30 et 6h, laissant passer celles qui ont été choisies ce jour-là. Après, elles se referment. Les autres reviendront peut-être le lendemain. A l’intérieur, elles n’ont aucun droits : pas de droit de parole, de droit de grève ou de manifestation. A l’inverse, tout est mis en place pour qu’un message passe : c’est grâce à l’entreprise qu’on a des sous pour notre famille. Les femmes travaillent dans la peur d’être expulsées. Les fortes têtes ne restent pas longtemps. Il y a des viols à tout bout de champ. Les chefs, choisis parmi les ouvrières, changent tous les jours, ce qui installe une méfiance entre tout le monde. Elles ne sont pas soutenues par le gouvernement, ne reçoivent pas d’aide extérieure. Une ONG locale fait du lobbying au niveau politique pour dire « ça ne va plus ». Mais l’Etat est appâté par les cadeaux du Nord, les promesses de création d’emplois... De plus, les entreprises donnent de l’argent au gouvernement. »

« Il faut agir, poursuit Annick. On constate tout le temps qu’il y a des problèmes. Participer à la campagne permet de voir qu’on n’est pas tout seul dans notre lutte. Oxfam donne la possibilité de s’organiser, de résister à la mondialisation. C’est une occasion de s’exprimer, de faire remonter ce qu’on pense auprès des autorités politiques, d’être acteurs du système. »

Dans le stand d’Oxfam-Solidarité, le public peut aussi réfléchir à un slogan lié à la campagne. Très vite, les gens se rassemblent et discutent, donnent leur avis sur le slogan actuel, prennent le pinceau pour écrire le leur, ce qui entraîne réflexion et créativité.

Des artistes « engagés »

Ailleurs, dans l’espace d’animation, le « mur des alternatives » offre un espace créatif où peintures, couleurs et toiles invitent à penser et repenser le monde. Rouge pour les alternatives les plus farfelues en rapport avec le futur, orange pour les alternatives d’ordre collectif, jaune pour l’action individuelle : les comportements que j’adopte déjà au quotidien pour arriver à un monde différent et meilleur. Le festival Esperanzah ! propose lui-même des alternatives. Ici, on ne vend pas de coca, l’eau est distribuée gratuitement (mais discrètement) et les sponsors sont triés sur le volet. Ça, c’est le côté jardin. Côté cour, des concerts évidemment, des artistes de couleur, du Sud, « engagés » ou pas. Mais c’est quoi l’engagement ? Pour le groupe d’artistes africains qui a ouvert le festival le vendredi soir, s’engager voulait dire chanter ensemble pour annuler la dette du tiers monde. « Ce concert, ‘Esperanzah mpo n’Afrika’, nous l’avions rêvé l’année passée lors du forum des artistes africains, explique le chanteur burkinabé Zedess. Il faut rester humble, on ne révolutionnera pas tout d’un coup de baguette magique, mais grâce à notre visibilité d’artistes, on peut conscientiser et sensibiliser le public ».

Pour Mano Solo, la tête d’affiche qui a clôturé le festival, l’engagement est différent : « Je ne suis pas un artiste engagé, je n’aime pas ce mot. C’est tellement facile d’ouvrir sa gueule. Sur scène, j’aurai toujours raison. Je n’appartiens à aucun mouvement politique. Si en tant que chanteur, je prends la parole, c’est alors un acte citoyen, rien de plus. »

Peut encore mieux faire

Durant trois jours à Esperanzah !, on se met à penser qu’un autre monde est possible. Et la réalité nous montre que, loin de la présence agressive des sponsors commerciaux, un autre festival est possible. Bien sûr, tout n’est pas parfait et il y a encore quelques progrès à réaliser : s’il existe des points d’eau où l’eau est distribuée gratuitement, l’accès aux toilettes est de 0,40 cents. Les boissons et les repas sont servis dans des gobelets et des assiettes en plastique. Et ici, pas de traces de poubelles sélectives. A l’échelle d’un festival qui accueille 23.000 personnes, ça fait quand même quelques sacs poubelles. Et une belle claque au développement durable ! Bon allez, on ne leur en tiendra pas trop rigueur. Juste pour dire qu’il y a toujours moyen de faire mieux. Et c’est ce qui donne envie de recommencer, non ? Et puis, l’équipe d’Esperanzah ! l’a dit elle-même après le festival : « En 2006, on vous le promet, notre objectif sera encore de faire, non pas plus, mais mieux encore, et toujours en recherchant le maximum de cohérence entre ce que nous disons et ce que nous voulons faire... ». Juste. Faites-le !

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  Publicité

=> Veux-tu aussi créer une site gratuit ? Alors clique ici ! <=